Plus je connais les gens, et plus je me rends compte qu'il y a une chose qui me différencie de la plupart d'entre-eux : la famille.
Nous avons passé quelques jours à Bordeaux dans sa famille pour souhaiter la bienvenue à un nouveau-né, nouveau membre d'une grande famille, unie. L'accueil de la part de chacun a été, comme toujours, très chaleureux. Je n'ai pas senti une seule seconde que je pouvais être mis à l'écart... Et pourtant, je découvre seulement, à 26 ans, ce qu'est une famille.
Pourquoi ??!
Ma famille à moi se résume à ma maman et ma soeur, un frère parfois distant, et quelques membres lointains dans l'espace et la chaleur. Ce n'est pas une complainte que je dresse là, plutôt un constat. Ma famille à moi est ridiculement petite.
Pourquoi ??!
Il y a plus de 20 ans, ma première vision de la famille était un père qui battait sa femme, qui la manipulait et qui la réduisait à peu de chose. Ma première impression de la famille était évidemment peu encourageante : je voulais, à même pas 6 ans, que mes parents ne soient plus mari et femme. Même s'il aura fallu attendre quelques années, le divorce aura bien lieu. Entre-temps, je n'aurai pas eu la chance de connaître les Noëls en compagnie des oncles, tantes, grands-parents et cousins. Je n'aurai pas passé de vacances avec mes nombreux cousins (qui pourtant existent !). J'aurai juste eu une envie de vomir sur ma famille.
Il y a 15 ans désormais, après que mon père m'ait fait dégoûter aux boîtes de nuit à 6 ans, aux réveils sans nouvelles de lui après une soirée bien arrosée, après qu'il ait détruit le coeur de nombreuses femmes qui se sont confiées à moi (hum !!!), il est parti et n'a plus jamais donné de nouvelles. Il a emporté avec lui le sens des mots famille et union, me privant certainement d'une aisance avec le sentiment d'amour familial. Jamais il n'a daigné donner signe de vie. Il s'est rayé de l'annuaire, a effacé de sa mémoire l'image d'un enfant de 11 ans lui promettant de lui raconter ses vacances de Pâques à son retour. Je n'ai presque plus de souvenirs de ces vacances désormais...
Aujourd'hui, la famille qui s'est construite autour de ma vie jouit d'une subjectivité formidable. Les personnes qui la composent, à l'exception de ma mère, de ma soeur, et de mon frère, ne partagent pas le sang qui coule dans mes veines. Elles partagent un sentiment spirituel assez complexe et suffisamment fort pour donner l'impression que réunis, nous formons une famille. Pourtant, les Noëls et les anniversaires n'ont rien de ce que les autres peuvent me raconter. Cette famille est particulière, tous les membres ne se connaissent pas forcément.
C'est donc toujours difficile de trouver sa place dans une famille déjà fortement liée. Savoir où se placer, quand parler, se mettre à l'écart au bon moment... Ce sont autant de protocoles à apprendre et à exécuter le plus naturellement possible. Et il arrive des fois où l'on peut se montrer maladroit, sans que personne ne sache vraiment qu'on n'a jamais vécu dans une famille.